Ordinary day

 

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Histoires courtes

Déviance

Brenan était un homme heureux. Célibataire endurci, il possédait un travail qui payait bien, était abonné à l'Homme moderne, s'habillait chez Hugo Boss, conduisait une décapotable et se lavait les dents tous les soirs (signe incontestable d'une vie réussie). Il avait beaucoup d'amis, qu'il voyait quand il voulait sortir ou se rendre à un match de foot. Il avait beaucoup d'amiEs , qu'il supportait pour se donner une vie sexuelle décente ou pour se faire materner quand il se sentait seul.


Il était satisfait, tout était sous controle , rien ne lui manquait. Il pouvait se permettre de se demander avec qui il rentrerait le soir, tout en se disant qu'il déjeunerait seul le lendemain. Il achetait des tas de choses inutiles, car il épargnait déja suffisament , et que l'inutile reste néanmoins agréable. Il portait des jugements sans appel, vite et ne revenait jamais dessus , car il ne pouvait rien perdre et se sentait supérieur.


Mais voila, Brenan a été viré hier. Oh nan, il n'a rien fait de mal Brenan (d'ailleurs a-t-il déja réelement fait quelque chose ?) mais il coutait trop. Bien sur, on lui promet une reconversion rapide, un revenu assedic pendant deux ans, des tarifs réduits au Mc Do. Bref , une belle vie encore moins compliqué que la précedente.Oui mais voila, Brenan il s'en fiche , tout ce qu'il voit, c'est qu'il est devenu chomeur..


Tout à coup , on l'aime beaucoup moins Brenan. Son avis ne compte plus, on l'appele rarement, on ne couche plus avec lui. Parce que maintenant, c'est un parasite. Il vit sur notre dos. Ca ne devrait pas exister les gens comme ca. Ils ne contribuent pas a la valeur ajoutée. On ne les reconnait pas. Les clodos au moins ils puent et ils sont malades. Brenan non.Et pire que ca, il garde encore de l'espoir. Ca nous renvoie à la gueule qu'on peut profiter d'un systeme sans y contribuer. On aime pas se sentir baisés. Alors du coup on estime que le déviant dans l'histoire, c'est lui.


Brenan n'en peut plus alors il décide de montrer qu'il vit encore. Il appele ses amis, les convie à une soirée, et persuade les plus réticents qu'il a retrouvé du boulot et qu'il veut le féter (le coup offert est irresistible). Alors il les attends , et ils viennent tous. Meme ses anciens collegues sont la. On le félicite, lui fait des sourires, et il a meme droit à des oeillades de ses ex-maitresses. Il redevient heureux Brenan. Alors pour marquer le coup il va chercher sa surprise.


Ce n'est pas le 14 juillet, mais pourtant tout le monde entendit des detonations ce soir la. C'etait le feu d'artifice de la vie de Brenan. Une jolie facon de tirer une révérence. Car à défaut d'intégrer la société, ce soir, il avait décidé de tous les emmener..

30.3.04 05:33


Pour une nuit..

Il se leva sans faire de bruit, comme à son habitude.. Les croissants, le paquet de clopes, toutes ces excuses d'un autre âge n'existaient plus depuis longtemps. Surtout depuis elle. Il l'avait connu par hasard, comme lorsqu'on vit un moment intense juste en regardant quelqu'un , sans le connaitre. Il n'avait pas croisé son regard tout de suite, il avait d'abord entendu sa voie. Une fille de plus à peine sortie de l'adolescence des rêves pleins la tête. C'était deja surprenant de croiser une nouvelle tête à au club. On etait en pleine période d'insouciance, et les gens se battaient pour entrer et oublier leur vie au club 59. Les jolies filles se comptaient par dizaines, les bouteilles de Moet et Chandon aussi. L'ivresse d'une nouvelle nuit, plus prometteuse qu'une existence entière.


Il était arrivé tôt ce soir la, les billets plein les poches, et une furieuse envie d'etrenner ses nouveaux draps durant la nuit. Il était plutôt quelquonque, mais ses largesses le rendait beaucoup plus séduisant. Il était deja en train de gouter le sein d'une fille quand il entendit son rire. Un rire pur et cristallin, qui enivre pour la nuit. Il lacha sa conquête, dont le mamelon ne l'amusait plus. Il s'approcha de sa nouvelle proie, et engagea la conversation. Des histoires, beaucoup de bluff, une pincée d'humour et une pluie d'oeillades, c'était son truc. Mais il y avait quelque chose de changé ce soir. Il était sous le charme. Elle était radieuse, insouciante et virginale. Il n'avait même pas envie de la baiser, mais juste de l'enlacer. Ce qu'il fit aprés quelques lignes, et quelques verres. Ils décidérent d'aller chez lui, et firent l'amour dés le hall d'entrée. Pas un bruit, pas un mot, juste des corps se répondant à l'unisson. C'était intense et trés doux. Cétait aussi une nuit pleine de promesse, car il était pret à lui donner sa vie, et se ranger définitivement.


Mais lorsqu'il se réveilla le matin, il ne caressa que son oreiller. Elle était partie sans un mot, aussi vite qu'elle était apparue ce soir la. Il pleura, se sentit con , repleura, pris une ligne, pensa que sa vie n'avait plus aucun sens sans elle. Il la chercha le soir même, mais il ne trouva que des filles ordinaires. Pas de trace de son inconnue, dont il ne connaissait meme pas le nom. Il passa la plus mauvaise semaine de sa vie, en se demandant ce qui lui plaisait tant dans son existence. Et il se jura que plus jamais , au grand jamais, il ne s'attacherait à une fille. Ca marchait plutôt bien , mais il n'était plus heureux. Il lui manquait son âme soeur, celle qu'on ne croise qu'une fois, et qu'on ne peut se permettre de rater.


C'est pour ca que ce matin il se léve sans bruit , une fois de plus, et qu'il pleurera en rentrant, avec pour seul réconfort le souvenir de son odeur . En l'attendant, pour qu'une nuit encore, il puisse gouter au bonheur , et se sentir enfin quelqu'un.

31.1.04 03:21


Et que ton règne vienne..

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Depuis ce matin, je vis ma plus belle journée. Je suis enfin traité avec l'égard du à mon rang. Je me suis battu pour ce moment, et il est enfin arrivé ! Mon père avait donc raison au bout du compte : tout vient à point à qui sait attendre. Et bien j’ai attendu, j’ai fait mon travail, j’ai sué, souffert, et j’ai attendu. Et enfin ce matin, la récompense arriva.


 


Tout a commencé à mon réveil. Je me lève toujours tôt, avant les autres. C’est mon coté bien élevé. Bien sur, je n’ai pas les manières qui correspondent à mon nouveau rang, mais je m’attelle à un certain rythme de vie. D’ailleurs, au château, on vit à heures fixes. C’est mieux pour tout le monde, et ça me convient. J’ai toujours aimé les choses structurées. Je me lève donc ce matin, et mon premier visiteur n’est autre que mon évêque. Il me rend visite toutes les semaines depuis des années, mais c’est la première fois que je le vois de si bon matin. Bien habillé, l’haleine bien fraîche, seul son rasage dénote une certaine précipitation. Il commence son sermon, m’absout de mes péchés (mais un seigneur n’a pas de péchés, il accomplit juste des taches ingrates de son rang). Il s’informe de ma santé, m’appelle par mon prénom (Bill, j’ai toujours haï ce prénom, ça me fait penser au gosse avec son clébard), me demande si j’ai un message à transmettre (un curé messager, voila autre chose) et sort de ma chambre en me disant que tout ira bien (un peu mon pote !).


 


La matinée s’écoule sans encombre, je rédige quelques missives, notamment à ma femme, qui s’est barrée avec ma fille sans laisser d’adresse depuis bien longtemps. Lorsque l’heure du repas arrive, on m’apporte ce que j’ai commandé la veille. Je commence à voir les bienfaits qui m’attendent lors de mon règne : j’ai exactement tout ce que j’ai demandé, et je n’ai pas à me contenter de la bouillie infâme des autres jours. En bref : Hamburgers, jambon madère, purée de brocolis , tripes, frites, pommes dauphines, entrecôte, poisson pané, glace vanille, chocolat, poire pistache et un pomme. Je n’ai jamais particulièrement aimé les pommes, mais maman me disait toujours que c’était indispensable à ma santé, et dieu sait si c’est important aujourd’hui. J’avoue que rien ni personne ne m’a jamais excité comme je peux l’être en ce moment.


 


Un garde vient me chercher, il me dit que c’est l’heure. Allons bon, quand faut y aller.. Je m’avance avec mon escorte le long de ce couloir, et j’arrive enfin dans la salle ou toute la cour attends. Le silence règne, et c’est dans cette ambiance d’outre tombe que je m’assieds sur mon trône en bois. Je sens leurs regards lourds, et toute leur haine se déverser sur moi. Mais ça ne m’atteint pas. Ils ont tous perdu un être cher durant mon ascension. Mais on ne peut pas gagner sans sacrifice. Je reconnais la femme qui me fixe au premier rang. Le même air de pute que sa fille, je me demande si elle crie comme elle. En tout cas, elle pleure de la même façon. Et l’homme en gris derrière ? Grâce à moi, il a connu ses 15 minutes de gloire à la grande messe du 20h, en présence de l’archevêque PPDA. Il faut dire que perdre sa femme et son fils la même journée c’est très fort, et c’est grâce à moi, moi, moi qui ai tout organisé, moi qui trône devant eux en ces jours sombres. Le capitaine s’approche, et me demande si j’ai une dernière phrase. Oui j’en ai une : « Allez vous faire mettre bande d’enfoirés ! ». Enfin, il pose l’éponge pleine d’eau sur mon crâne, sorte de nouveau baptême, et nouvelle renaissance pour moi. Et je ne frissonne pas lorsqu’il place la couronne métallique au dessus, ni quand il s’éloigne et fait signe à son second d’abaisser le levier. Je sens quand même cette petite odeur de brûlé qui monte, et je vois la femme sourire. Mais je ne suis déjà plus la lorsque mes globes sont expulsés de leurs orbites.


 


Même si maintenant arrive mon trépas, je finis ma vie d’homme et commence celle de roi.


21.1.04 02:53


Putain

Putain de pluie. Elle me colle aux basques, s'infiltre dans mes vêtements et refroidie mon âme. Elle se mêle à mes larmes, ôtant leur goût salé et diluant les turpitudes qui les composent. Je suis seul, et je suis à bout. Déjà deux jours que je cours, essayant de me rappeler les raisons de ma fuite. Elles ne sont plus si limpides à présents. C'est fou comme certaines décisions apparaissent comme primordiales lorsque vous etes en sécurité, mais deviennent si futiles lorsque l'inconfort vous gagne.fficeffice" />


Putain d'année. Mes résolutions se sont vite envolées. Je pensais pouvoir supporter mon foyer douze mois de plus, il n'en fut rien. Au delà du protectionnisme matriarcal qui m'étouffait de plus en plus, ce sont bien les brimades de mon père qui eurent raison de moi. Il n'était pas tout le temps comme ça, seulement de temps en temps. Il ne me supportait plus depuis quelques années. Je crois qu'en fait il ne supportait plus rien, et qu'il était plus facile de déverser sa haine sur moi, plutôt que sur le monde étranger qui l'entourait.


Putain de mère. Elle aurait pu y mettre un terme depuis longtemps, mais elle ne pouvait pas. Mon père la tenait, et d'une façon si pernicieuse qu'aucun échappatoire n'était possible. Il la travaillait depuis des années. Torture psychologique, harcèlement moral, c'était ses armes. Tout ce qui nous arrivait était de la faute de ma mère, et la mort de mon frère ne fit qu'empirer les choses. Elle se sentait coupable, il aimait la faire se sentir coupable. Une boucle sans fin. Je crois qu'elle m'aimait, mais elle ne s'aimait plus. Avant de pouvoir m'aider, elle aurait du s'affirmer, et avoir confiance en elle. Trop long, plus le temps d'attendre.


Putain de ceinture. Je l'ai sentie ce soir la. Mon père maniait la lanière avec une facilité déconcertante. Depuis deux ans, il avait compris que sa torture psychologique ne prenait pas sur moi. Contrairement à ma génitrice, il n'était pas mon seul ami. Je pouvais m'évader, et vivre sans lui. Alors il commença à me frapper. Episodiquement, puis de plus en plus souvent. Je ne pense pas qu'il prenait son pied, mais les habitudes viennent vite, et même si l'on n'y ressent plus de plaisir, leurs absences provoquent un manque. Il m'a frappé deux jours avant mon départ, et cet ultime outrage me réveilla.


Putain de rue. Trois heures que je suis caché ici. Les flics tournent, la vieille de l'épicerie a du les prévenir. Elle me regardait d'un drôle d'oeil, j'aurais du m'en douter. D'un autre coté, je ne fuirais plus longtemps. Mes forces me quittent, ma toux s'amplifie  et les remords aussi. J'ai du sang sur les mains. Le sang de mes parents. J'ai libéré ma mère de sa prison, et j'ai libéré le monde de mon père.


Putain de vie. Je ne la supporterais pas longtemps. C'est ma nouvelle résolution. Tout s'arrête ce soir. J'approche le canon de ma bouche. Il a un goût métallique, et il me rappelle mes larmes gorgées de pluie. Il n'y a pas d'age pour mourir, juste un age pour renoncer..


 

13.1.04 03:02





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